Téléphoner en conduisant peut-il être dangereux même lorsque l’on garde les mains sur le volant et les yeux sur la route ? Une étude menée en 2026 par OpinionWay pour Assurance Prévention a comparé la conduite de 26 automobilistes avec et sans conversation téléphonique. Les résultats montrent que le regard reste globalement dirigé vers la route, mais que le temps de réaction augmente et que plusieurs comportements à risque deviennent plus fréquents.

Quels sont les principaux résultats de l’étude ?

Chez les 26 conducteurs étudiés, maintenir une conversation téléphonique pendant la conduite s’accompagne d’un temps de réaction plus long et de plusieurs comportements à risque plus fréquents. Par rapport au parcours réalisé sans conversation, les chercheurs observent notamment une hausse de 14 % du temps de réaction moyen, de 20 % des excès de vitesse, de 24 % des freinages brutaux et de 84 % des erreurs de suivi GPS.

Le nombre moyen d’accidents enregistrés sur le simulateur passe également de 0,15 à 0,46 par participant, soit une hausse de 206 % dans les conditions de l’expérience.

Mais l’un des résultats les plus intéressants concerne le regard : les participants continuent globalement à regarder la route lorsqu’ils sont au téléphone. La distraction observée ne peut donc pas être expliquée uniquement par le fait de regarder ailleurs.

+14 %

Le temps de réaction moyen est passé de 0,97 seconde sans conversation à 1,11 seconde pendant la conversation téléphonique.

Comment l’étude sur le téléphone au volant a-t-elle été réalisée ?

L’étude, intitulée « Quel est l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant ? », a été réalisée en 2026 par OpinionWay pour Assurance Prévention, avec Develter Innovation pour le dispositif expérimental.

Elle porte sur 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans. Les participants étaient titulaires du permis B, utilisaient régulièrement leur voiture personnelle et utilisaient également un téléphone.

Chaque participant a effectué le même trajet de 37 kilomètres dans deux situations :

  • un parcours sans conversation téléphonique ;
  • un parcours avec une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle.

Le trajet reproduisait différentes situations auxquelles un automobiliste peut être confronté lors d’un départ en vacances. Il comprenait 3 km en ville, 17 km sur route départementale et 17 km sur autoroute.

Les conducteurs devaient gérer des intersections, des feux, des changements de limitation de vitesse, des radars, des motos, une circulation plus ou moins dense, un péage et des véhicules arrêtés. Ils devaient également suivre un itinéraire à l’aide d’un GPS.

Le simulateur était associé à un système d’eye tracking permettant d’enregistrer précisément les mouvements des yeux. Les chercheurs ont également analysé différents événements de conduite : excès de vitesse, freinages, erreurs de navigation ou accidents.

Au total, l’expérimentation représente plus de 1 924 kilomètres et 26 heures de conduite simulée.

Téléphoner fait-il moins regarder la route ?

Très peu, selon les mesures réalisées dans cette étude. C’est justement ce qui rend les résultats particulièrement intéressants.

Sans conversation téléphonique, les conducteurs passent 75,3 % de leur temps à regarder vers l’avant. Pendant la conversation, cette proportion est de 73,8 %.

La différence est donc limitée.

Lorsque les chercheurs regroupent la vision vers l’avant et la surveillance des rétroviseurs, ils obtiennent un résultat encore plus surprenant : le temps qualifié d’attention à la route représente 81,8 % du parcours sans conversation contre 82,4 % avec conversation.

Le résultat important : dans cette expérimentation, les conducteurs ne cessent pas de regarder la route lorsqu’ils parlent au téléphone. Pourtant, leurs réflexes et plusieurs comportements de conduite se dégradent. Avoir les yeux dirigés au bon endroit ne signifie donc pas nécessairement que toute l’attention du conducteur est disponible.

Quels effets la conversation téléphonique a-t-elle sur la vigilance et les réflexes ?

Les différences deviennent plus visibles lorsqu’on examine d’autres indicateurs que la simple direction du regard.

17 % de distractions supplémentaires

Sur l’ensemble des parcours, les chercheurs comptabilisent 871 distractions sans conversation contre 1 020 pendant la conversation téléphonique.

Cela représente une augmentation de 17 %.

L’étude classe notamment parmi les distractions les situations pendant lesquelles le conducteur regarde le tableau de bord, son compteur ou son GPS, ferme les yeux ou manipule certains équipements du véhicule.

57 % de clignements des yeux supplémentaires

Une autre différence concerne les clignements des yeux. Leur nombre passe de 295 sans conversation à 463 avec conversation, soit une hausse de 57 %.

Les auteurs interprètent cette augmentation comme un indicateur compatible avec une diminution de la vigilance et de la concentration.

Un temps de réaction supérieur de 14 %

Le test cognitif réalisé pendant l’expérience fait également apparaître une différence.

Le temps de réaction moyen est de 0,97 seconde lorsque les participants conduisent sans conversation. Il atteint 1,11 seconde lorsqu’ils sont en conversation téléphonique.

La différence correspond à une augmentation de 14 % du temps de réaction moyen.

Concrètement, les participants mettent donc en moyenne un peu plus de temps à réagir lorsqu’une partie de leur attention est mobilisée par la conversation.

Quels comportements de conduite sont affectés pendant l’appel ?

L’étude met en évidence plusieurs différences entre les deux parcours. Elles concernent aussi bien la vitesse que les freinages ou le suivi du GPS.

Comportement observé Sans conversation Avec conversation Évolution
Excès de vitesse 3,7 en moyenne 4,4 en moyenne +20 %
Flashs aux radars 0,15 en moyenne 0,31 en moyenne +107 %
Freinages brutaux 4,77 en moyenne 5,92 en moyenne +24 %
Erreurs de suivi GPS 0,19 en moyenne 0,35 en moyenne +84 %
Accidents sur simulateur 0,15 en moyenne 0,46 en moyenne +206 %

Les conducteurs surveillent moins longtemps leur compteur

L’étude apporte un autre élément concernant la vitesse. Sans conversation, les participants passent au total 4 minutes et 10 secondes à regarder leur compteur. Ce temps descend à 3 minutes et 40 secondes pendant la conversation.

Cette diminution accompagne une augmentation du nombre moyen d’excès de vitesse, qui passe de 3,7 à 4,4.

Trois radars étaient également placés sur le parcours. Le nombre moyen de flashs passe de 0,15 sans conversation à 0,31 avec conversation, soit une augmentation de 107 %.

Les freinages brutaux augmentent de 24 %

Les participants effectuent en moyenne 4,77 freinages considérés comme brutaux sans conversation, contre 5,92 lorsqu’ils sont au téléphone.

La hausse observée atteint 24 %.

Cette différence peut être rapprochée du temps de réaction plus long observé pendant la conversation. L’étude montre toutefois ces deux phénomènes séparément : elle ne permet pas d’affirmer que chaque freinage brutal supplémentaire est directement provoqué par le ralentissement des réactions.

Les erreurs GPS augmentent de 84 %

La navigation est elle aussi affectée. Le nombre moyen d’erreurs de suivi GPS passe de 0,19 sans conversation à 0,35 avec conversation.

La différence représente une augmentation de 84 %.

Rater une indication GPS ne constitue pas nécessairement un danger. Le problème peut apparaître ensuite si le conducteur tente de corriger précipitamment son itinéraire, par exemple en changeant tardivement de voie.

L’étude montre-t-elle davantage d’accidents pendant une conversation téléphonique ?

Oui, davantage d’accidents ont été enregistrés sur le simulateur pendant les parcours avec conversation téléphonique.

Le nombre moyen d’accidents passe de 0,15 par participant sans conversation à 0,46 avec conversation.

+206 %

Le nombre moyen d’accidents enregistrés sur le simulateur est environ trois fois plus élevé pendant le parcours avec conversation téléphonique.

Ce chiffre doit cependant être interprété correctement. L’étude ne démontre pas qu’un conducteur qui téléphone multiplie systématiquement par trois son risque réel d’accident.

Le résultat concerne 26 participants conduisant sur un simulateur dans des conditions expérimentales précises. Il indique qu’une forte différence a été observée entre les deux parcours, mais il ne permet pas de transformer cette différence en estimation universelle du risque d’accident sur route ouverte.

Les effets sont-ils identiques en ville, sur départementale et sur autoroute ?

Non. Les résultats varient selon le type de route et tous les indicateurs ne se dégradent pas systématiquement.

Sur autoroute

Sur la portion autoroutière, le nombre de clignements des yeux passe de 77 sans conversation à 127 avec conversation, soit une hausse de 65 %.

Les distractions passent de 220 à 278, soit 26 % de plus. La vision vers l’avant diminue également de 77 % à 74,5 %.

Sur route départementale

Sur la portion départementale, les clignements augmentent de 48 %, passant de 198 à 294. Les distractions progressent de 12 %, de 588 à 660.

Le temps d’attention à la route reste néanmoins très proche : 80,2 % sans conversation contre 81,3 % avec conversation.

En ville

Les résultats sont plus nuancés en ville. Le nombre de clignements augmente de 18 à 24, soit +33 %. En revanche, les distractions enregistrées ne progressent pas : elles passent de 60 sans conversation à 56 avec conversation.

Ces différences sont importantes pour interpréter correctement l’étude. Elle ne montre pas que tous les indicateurs se dégradent dans toutes les situations. Son résultat général repose plutôt sur la convergence de plusieurs mesures réalisées pendant l’ensemble du parcours.

Pourquoi une conversation peut-elle distraire sans détourner le regard ?

Les résultats mettent en évidence la différence entre regarder une information et lui consacrer toute l’attention nécessaire.

Conduire demande de traiter simultanément de nombreuses informations : position des autres véhicules, vitesse, trajectoire, signalisation, rétroviseurs, indications du GPS et apparition éventuelle d’un danger.

Une conversation ajoute une autre tâche. Le conducteur doit écouter son interlocuteur, comprendre ses propos, éventuellement mémoriser certaines informations et préparer une réponse.

Selon l’interprétation proposée dans l’étude, cette charge cognitive peut réduire les ressources mentales disponibles pour la conduite alors même que le conducteur conserve ses comportements visuels habituels.

Idée reçue : « Si je regarde la route, je reste forcément concentré. »

Ce que montre l’étude : les participants regardent globalement autant la route pendant la conversation, mais leur temps de réaction augmente et plusieurs comportements à risque deviennent plus fréquents. Le regard ne suffit donc pas à lui seul pour déterminer le niveau réel d’attention.

Quelles sont les limites de cette étude ?

Les résultats doivent être interprétés en tenant compte de plusieurs limites.

Premièrement, l’échantillon est réduit. L’étude porte sur 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans. Elle permet d’observer précisément leur comportement dans les deux conditions expérimentales, mais pas d’estimer avec précision les effets chez l’ensemble des automobilistes.

Deuxièmement, l’expérience se déroule sur simulateur. Cette méthode permet de présenter des situations comparables à tous les participants sans les exposer à un danger réel. En revanche, conduire sur un simulateur ne reproduit pas nécessairement toutes les réactions d’un automobiliste sur une véritable route.

Troisièmement, la conversation était quasi continue et réalisée avec une intelligence artificielle. L’étude ne permet donc pas de déterminer si un appel très court, une conversation professionnelle complexe ou un échange émotionnel produiraient exactement les mêmes effets.

Enfin, les résultats présentés ne permettent pas de considérer chaque pourcentage comme une estimation applicable à tous les conducteurs. Il est plus exact de parler des différences observées chez les participants dans les conditions de cette expérimentation.

Ce qu’il faut retenir de l’étude

  • 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans ont réalisé le même parcours sur simulateur avec et sans conversation téléphonique.
  • Le temps consacré visuellement à la route reste globalement similaire entre les deux conditions.
  • Le temps de réaction moyen augmente de 14 % pendant la conversation, de 0,97 à 1,11 seconde.
  • Les chercheurs observent davantage d’excès de vitesse, de freinages brutaux et d’erreurs GPS pendant le parcours avec conversation.
  • Le nombre moyen d’accidents sur simulateur augmente de 206 %, mais ce résultat expérimental ne signifie pas que le risque réel d’accident est systématiquement multiplié par trois.

L’enseignement central de cette étude est donc moins évident que le risque lié à la manipulation d’un smartphone : une conversation peut mobiliser l’attention du conducteur sans provoquer de changement spectaculaire dans la direction de son regard.

Un automobiliste peut continuer à regarder devant lui et à contrôler ses rétroviseurs tout en réagissant plus lentement ou en commettant davantage d’erreurs. Les résultats suggèrent ainsi que la distraction au volant ne se limite pas à ce que font les mains ou à l’endroit où se posent les yeux : elle peut également être cognitive.

Questions fréquentes sur l’étude et le téléphone au volant

Combien de conducteurs ont participé à l’étude ?

L’expérimentation a été réalisée auprès de 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans. Chaque participant a conduit sur le même parcours avec et sans conversation téléphonique.

Le téléphone augmente-t-il le temps de réaction au volant ?

Dans cette étude, le temps de réaction moyen passe de 0,97 seconde sans conversation à 1,11 seconde avec conversation, soit une augmentation de 14 % chez les participants étudiés.

Les conducteurs regardent-ils moins la route lorsqu’ils téléphonent ?

Très peu dans cette expérimentation. La vision vers l’avant représente 75,3 % du temps sans conversation contre 73,8 % avec conversation. Lorsque les rétroviseurs sont également pris en compte, le temps d’attention visuelle à la route reste pratiquement identique.

L’étude montre-t-elle davantage d’accidents avec une conversation téléphonique ?

Oui. Le nombre moyen d’accidents enregistrés sur simulateur passe de 0,15 à 0,46 par participant, soit +206 %. Ce résultat concerne cependant un petit échantillon et une conduite simulée : il ne signifie pas que le risque réel d’accident est automatiquement multiplié par trois.

Pourquoi téléphoner peut-il déconcentrer même en mains libres ?

Le mains libres évite de tenir le téléphone, mais pas de participer à la conversation. Écouter, comprendre et répondre mobilisent des ressources mentales qui doivent également être utilisées pour surveiller la circulation, anticiper les dangers et prendre des décisions.

Étude source

Titre de l’étude : Quel est l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant ?

Étude réalisée par : OpinionWay pour Assurance Prévention, avec Develter Innovation pour le dispositif expérimental.

Publication : Rapport d’étude.

Année : 2026.

Population étudiée : conducteurs âgés de 21 à 59 ans, titulaires du permis B, utilisant régulièrement leur voiture personnelle et un téléphone.

Taille de l’échantillon : 26 participants.

Type d’étude : expérimentation contrôlée sur simulateur comparant la conduite sans conversation téléphonique et avec conversation téléphonique quasi continue.