Regarder droit devant soi ne signifie pas forcément être pleinement attentif. Une étude menée en 2026 par OpinionWay pour Assurance Prévention montre que, sur simulateur, une conversation téléphonique laisse presque inchangé le temps passé à regarder la route, mais s’accompagne de davantage de distractions, d’un temps de réaction plus long et de comportements de conduite plus risqués. Chez les 26 conducteurs étudiés, le nombre moyen d’accidents relevés pendant le parcours a été multiplié par trois avec une conversation téléphonique.

Téléphoner au volant est-il dangereux même sans tenir son téléphone ?

Oui, dans les conditions de cette étude, le simple fait d’entretenir une conversation téléphonique pendant la conduite a dégradé plusieurs indicateurs de vigilance et de sécurité. Le problème observé ne se limite donc pas au geste consistant à manipuler un smartphone. La conversation elle-même mobilise une partie de l’attention du conducteur.

L’étude rappelle d’ailleurs une distinction importante : le téléphone tenu en main et les oreillettes sont interdits au volant, tandis que les dispositifs intégrés au véhicule sont autorisés. Mais autorisé ne signifie pas dépourvu d’effet sur la vigilance. Le rapport cite notamment l’OMS, selon laquelle téléphoner en conduisant réduit de 30 à 50 % la quantité d’informations perçues par le conducteur.

+206 %

C’est l’augmentation du nombre moyen d’accidents relevés sur simulateur pendant le parcours avec conversation téléphonique. Il passe de 0,15 accident par participant sans conversation à 0,46 avec conversation, soit environ trois fois plus.

Ce résultat doit être interprété dans son contexte : il provient d’une expérience sur simulateur réalisée auprès de 26 personnes, et non de l’observation de millions de trajets sur route ouverte. Il ne signifie donc pas que téléphoner multiplie systématiquement par trois le risque d’accident de chaque automobiliste dans toutes les situations. Il montre qu’une nette dégradation a été observée dans les conditions expérimentales étudiées. (Source : étude, p. 30)

Que montre réellement l’étude ?

Le résultat le plus intéressant est en apparence paradoxal. Les conducteurs continuent globalement à regarder devant eux lorsqu’ils téléphonent : la vision vers l’avant représente 75,3 % du temps sans conversation contre 73,8 % avec conversation. De même, le temps d’attention à la route, défini dans l’étude à partir de la vision avant et du contrôle des rétroviseurs, reste très proche : 81,8 % sans conversation et 82,4 % avec conversation.

Pourtant, d’autres mesures se dégradent. Le nombre de distractions passe de 871 à 1 020, soit +17 %. L’étude définit ici une distraction comme un comportement ne permettant plus de regarder la route : regard vers le tableau de bord, compteur, GPS, fermeture des yeux ou encore manipulation d’un équipement du véhicule. (Source : étude, p. 15)

Autre différence : les conducteurs clignent beaucoup plus des yeux. L’étude comptabilise 295 clignements sans conversation contre 463 avec conversation, soit une hausse de 57 %. Les auteurs interprètent cette augmentation comme un signe compatible avec une diminution de la vigilance et de la concentration.

Enfin, lors du test cognitif, le temps de réaction moyen augmente de 14 %, passant de 0,97 à 1,11 seconde lorsque le conducteur est en conversation téléphonique. (Source : étude, p. 22)

Pourquoi regarder la route ne suffit-il pas ?

Parce que voir et traiter correctement une information sont deux choses différentes. Un conducteur peut avoir les yeux dirigés vers la chaussée tout en consacrant une partie de ses ressources mentales à sa conversation.

C’est précisément l’explication avancée dans les conclusions du rapport. Les auteurs soulignent qu’un regard vers l’avant n’est pas nécessairement représentatif d’une attention réellement engagée : le conducteur peut avoir l’impression de rester vigilant parce qu’il conserve les comportements visuels habituels.

Le point essentiel : garder les yeux sur la route ne garantit pas que le cerveau analyse avec la même efficacité tout ce qui s’y passe. Selon l’interprétation proposée par l’étude, la charge cognitive liée à la conversation peut détourner l’attention alors même que le regard reste orienté vers la chaussée ou les rétroviseurs.

Cette différence aide à comprendre pourquoi certains indicateurs visuels restent relativement stables alors que les erreurs et comportements à risque augmentent. Lorsqu’un événement imprévu survient, quelques fractions de seconde supplémentaires peuvent compter.

Quels comportements à risque augmentent pendant un appel ?

Les données comportementales sont celles qui font apparaître les écarts les plus importants entre les deux parcours. Avec une conversation téléphonique, l’étude observe :

  • +20 % d’excès de vitesse : 3,7 en moyenne sans conversation contre 4,4 avec conversation ;
  • +107 % de flashs aux contrôles radar : 0,15 contre 0,31 en moyenne ;
  • +24 % de freinages considérés comme brutaux : 4,77 contre 5,92 ;
  • +84 % d’erreurs de suivi GPS : 0,19 contre 0,35 ;
  • +206 % d’accidents relevés sur simulateur : 0,15 contre 0,46.

Ces cinq indicateurs sont repris dans les conclusions de l’étude comme les principaux comportements à risque associés au parcours effectué en conversation téléphonique.

Le résultat concernant les radars est particulièrement parlant. Trois contrôles étaient intégrés aux parcours de simulation, deux sur route départementale et un sur autoroute. Le nombre moyen de flashs a été un peu plus de deux fois supérieur pendant le parcours avec conversation. (Source : étude, p. 26)

Les erreurs de navigation augmentent elles aussi. Une erreur de suivi GPS n’est évidemment pas un accident en elle-même. Le rapport souligne cependant qu’elle peut conduire à des décisions dangereuses si le conducteur tente ensuite de corriger son itinéraire précipitamment. (Source : étude, p. 29)

Tout ne se dégrade cependant pas. Par exemple, la distance totale parcourue avec une distance de sécurité insuffisante reste considérée comme similaire entre les deux conditions : 4,265 km sans conversation contre 4,749 km avec conversation. Les auteurs indiquent ne pas observer de dégradation sur ce critère. (Source : étude, p. 27)

Sur quelles routes la distraction est-elle la plus visible ?

L’expérience reproduisait trois environnements : ville, route départementale et autoroute. Les résultats détaillés montrent que les effets mesurés ne sont pas identiques partout.

Sur route départementale, le nombre de clignements passe de 198 à 294, soit +48 %, tandis que le nombre de distractions augmente de 588 à 660, soit +12 %. Le temps d’attention à la route reste proche entre les deux conditions, à 80,2 % sans conversation et 81,3 % avec conversation.

Sur autoroute, les écarts sont encore marqués sur certains indicateurs : 77 clignements sans conversation contre 127 avec conversation, soit +65 %, et 220 distractions contre 278, soit +26 %. La vision vers l’avant recule également de 77 % à 74,5 %.

En ville, le temps d’attention à la route reste là encore comparable. Le nombre de clignements augmente néanmoins de 18 à 24, soit +33 %. Le nombre de distractions, lui, ne progresse pas sur cette portion : 60 sont relevées sans conversation contre 56 avec conversation. (Source : étude, p. 17)

Ces résultats montrent pourquoi il serait excessif de résumer l’étude par l’idée que « tous les indicateurs empirent dès qu’on téléphone ». Certains restent stables et d’autres évoluent différemment selon le type de route. L’enseignement général vient de la convergence de plusieurs mesures de vigilance et de comportement.

Comment l’étude a-t-elle été réalisée ?

L’étude a été menée par OpinionWay pour Assurance Prévention, avec Develter Innovation pour le dispositif de simulation. Elle a porté sur 26 participants âgés de 21 à 59 ans, titulaires du permis B et utilisant régulièrement une voiture et un téléphone.

Chaque participant a effectué le même parcours de 37 kilomètres dans deux conditions expérimentales : une première conduite sans conversation téléphonique, puis une seconde avec une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle. Le parcours comprenait 3 km en ville, 17 km sur route départementale et 17 km sur autoroute.

Les chercheurs ont utilisé un simulateur de conduite Develter Innovation et un système d’eye tracking Tobii permettant de suivre précisément le regard. Au total, l’étude indique avoir analysé plus de 1 924 km et 26 heures de conduite. Les mesures portaient notamment sur le regard, la fermeture des yeux, les freinages d’urgence, les accidents et les erreurs de suivi GPS.

Le simulateur comportait trois écrans de 55 pouces reproduisant l’angle de vue du conducteur. L’analyse automatisée permettait notamment d’étudier les accidents, infractions, distances de sécurité, changements de file, erreurs d’itinéraire et différents comportements au volant.

Quelles sont les limites de cette étude ?

La principale limite est la taille de l’échantillon : seulement 26 conducteurs ont participé. Les résultats décrivent donc ce qui a été observé chez ces participants dans un environnement expérimental contrôlé. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’estimer précisément l’augmentation du risque d’accident pour l’ensemble des automobilistes français.

Deuxième élément à garder en tête : les trajets ont été réalisés sur simulateur et non sur route ouverte. Cette méthode permet de reproduire les mêmes situations pour tous les participants sans les exposer à un danger réel, mais une simulation ne reproduit pas nécessairement toutes les réactions d’un conducteur confronté aux conséquences d’un véritable accident.

Enfin, la condition « avec conversation » correspondait à une conversation quasi continue avec une IA. L’étude permet donc de comparer précisément une conduite avec et sans cette charge conversationnelle dans son protocole, mais elle ne permet pas de déterminer si tous les types d’appels — conversation courte, échange professionnel complexe, discussion émotionnelle, etc. — produisent exactement les mêmes effets.

Le rapport présenté ne fournit par ailleurs pas, pour les écarts chiffrés cités dans cet article, de tests de significativité statistique permettant de déterminer lesquels peuvent être généralisés au-delà de l’échantillon. Il est donc préférable de parler d’écarts observés dans l’étude plutôt que de transformer chaque pourcentage en estimation universelle du risque.

Ce qu’il faut retenir avant de prendre la route

  • Regarder la route ne suffit pas à garantir une attention complète. Dans l’étude, le temps d’attention visuelle reste globalement similaire avec ou sans conversation, alors que plusieurs indicateurs de sécurité se dégradent.
  • Le temps de réaction moyen augmente de 14 % pendant la conversation téléphonique chez les 26 participants étudiés.
  • Les distractions augmentent de 17 % et les clignements des yeux de 57 % lors du parcours avec conversation.
  • Les excès de vitesse, freinages brutaux, erreurs GPS et accidents sont plus nombreux dans la condition avec conversation.
  • Le nombre moyen d’accidents relevés sur simulateur est multiplié par environ trois, mais ce résultat expérimental obtenu auprès de 26 personnes ne doit pas être interprété comme une multiplication universelle par trois du risque réel d’accident.

Pour les automobilistes, l’étude met surtout en évidence une forme de distraction moins visible que la manipulation d’un smartphone : la distraction cognitive. Un conducteur peut continuer à regarder la chaussée tout en traitant moins efficacement certaines informations nécessaires à sa conduite. C’est cette dissociation entre le regard et l’attention que les auteurs mettent au centre de leur conclusion.

Questions fréquentes sur le téléphone au volant

Le mains libres empêche-t-il la distraction au volant ?

Non. Cette étude porte précisément sur l’effet de la conversation elle-même : plusieurs indicateurs de vigilance et de comportement se dégradent alors que le conducteur n’a pas besoin de tenir un téléphone dans sa main. Elle suggère donc que supprimer la manipulation de l’appareil ne supprime pas la charge cognitive liée à la conversation.

Peut-on être distrait tout en regardant la route ?

Oui. Dans cette expérience, le temps consacré à la vision vers l’avant et à l’attention visuelle à la route reste proche entre les deux parcours. Pourtant, les distractions, le temps de réaction et plusieurs comportements à risque augmentent pendant la conversation. Les auteurs expliquent qu’un regard dirigé vers la route ne garantit pas que toutes les informations visuelles soient correctement traitées.

De combien le temps de réaction augmente-t-il lorsqu’on téléphone au volant ?

Chez les 26 participants de cette étude, le temps de réaction moyen passe de 0,97 seconde sans conversation à 1,11 seconde avec conversation, soit une hausse de 14 %. Ce chiffre correspond aux conditions expérimentales de l’étude et ne doit pas être généralisé automatiquement à toutes les situations de conduite.

Téléphoner au volant multiplie-t-il réellement par trois le risque d’accident ?

L’étude ne permet pas d’affirmer que le risque réel d’accident de chaque automobiliste est systématiquement multiplié par trois. Elle observe que, sur simulateur, le nombre moyen d’accidents relevés passe de 0,15 à 0,46 par participant, soit une augmentation de 206 %. L’échantillon ne comptant que 26 personnes, ce résultat doit rester présenté comme une observation expérimentale.

Étude source

Titre de l’étude : « Quel est l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant ? »

Commanditaire : Assurance Prévention

Institut : OpinionWay

Partenaire expérimental : Develter Innovation

Publication : Rapport de l’étude

Année : 2026 (rapport daté de juin 2026 ; mesures réalisées en mai 2026)

Auteurs : non indiqués comme auteurs scientifiques individuels dans le rapport fourni.

DOI : aucun DOI indiqué dans le rapport fourni.

Population étudiée : conducteurs titulaires du permis B, âgés de 21 à 59 ans, utilisant quotidiennement ou chaque semaine leur voiture personnelle et utilisant un téléphone.

Taille de l’échantillon : 26 participants.

Type d’étude : étude expérimentale contrôlée sur simulateur de conduite, comparant un parcours sans conversation téléphonique et le même parcours avec conversation téléphonique quasi continue.

Le rapport précise qu’Assurance Prévention mène depuis 2019 des études consacrées à la vigilance au volant et qu’elle a choisi en 2026 d’étudier spécifiquement l’impact des conversations téléphoniques, avec OpinionWay et des simulateurs Develter Innovation.